La rencontre

Publié le par enya

Ce fut une de ces nuits, où par cette lumière funeste que la lune donne à la terre, chaque objet reflète plus de crainte qu’à l’accoutumer.  Il vaut mieux, sans doute, parfois ne rien voir, que simplement distingué une arrête, une forme, laissant l’imagination donné le pire. Le froid avait paralysé le paysage depuis des semaines déjà, laissant le vent glacial soufflé contre des arbres vides où aucune feuilles ne pourraient plus chutés.

Les douze coups ayant retenti depuis maintenant une bonne heure et il était temps pour moi de quitter ce troquet qui m’avait servi de refuge depuis la soirée. Je m’y étais enivré allègrement, dans un coin bien sombre, où les autres consommateurs n’avaient dû voir en moi qu’une silhouette sans âge ni sexe. Je pu constater mon ivresse lorsque j’eus à me lever pour payer le tenancier, une ivresse si douce et chaleureuse, faisant tanguer le monde qui m’entourait, de ce roulement que les marins doivent apprécier.

Cette chaleur intérieur fut quelque peu chahuter quand la porte s’ouvrit devant moi, laissant le vent d’hiver s’engouffrer si puissamment que j’entendit derrière moi, un poivrot accroché au comptoir gémir quelque chose qui voulait sûrement dire « refermer là, s’il vous plaît »… je ne doute pas que les piliers de comptoirs puissent être aussi poli que les académiciens de bonnes fortunes. Afin de ne pas embêter plus l’inconnu je me jeta sur le chemin le plus rapidement possible et referma derrière moi cette planche de bois qui suffisait à elle seule à séparer la douceur du bar à la froideur de la rue.

Je pris donc le chemin, vers ma demeure, divaguant en route, écoutant mon pas frapper sur le pavé, tranchant le silence qui régnait dans les rues. Ma nuque, mon nez, étaient bien emmitouflés dans cette écharpe de laine, si vieille que son acquisition était depuis bien longtemps un souvenir oublier, mes mains, elles, étaient bien enfoncées au plus profond des poches de ma veste, celle de droite serrant contre elle la photo d'Oscar, cette même photo qui m’avait accompagné dans mon ivresse. Bien sûr ce n’était qu’un bout de papier, froissé par le temps et mes doigts, mais elle était ce qui me restait le plus cher de cet être aimé, et si j’avais pu oublier l’achat de mon écharpe, il était hors de question que je l’oublie, lui.

Alors que je m’approchait petit à petit de ma destination je fut soudain sorti de mes pensés par la vision d’un passage. Paris regorge de ces ruelles si petite qu’on ne les remarque presque plus.  Combien de fois avais je pris ce chemin, combien de fois étais je passer devant sans jamais faire attention à elle. Si l’être humain est caractérisé par la conscience, l’animal, lui, l’est par la curiosité, et au fond, les hommes ne sont que des animaux non ? Pourquoi faut il que nous ne puissions passer devant une rue sans savoir, connaître. Qu’il y a-t-il au bout ? Il est certain que je déboucherais sur un autre endroit que je connais, ce qui veut dire, que je serais passé devant une autre de ses bouches sombres sans y prêter attention ? Voilà bien un mystère qu’il me fallait résoudre. Après tout ce n’était tout au plus qu’une petite déviation, et pourquoi pas un raccourci. Je m’engouffrai donc dans la rue.

C’est quelques mètres plus loin que je le vis. Il était là, me surplombant, dans cette ruelle si étroite, j’en regrettais déjà mon choix. A cette heure où Morphée eu emportée les âmes de mes congénères depuis bien longtemps, me voilà donc seule fasse à lui, un tête à tête obscur, et glacial. « Je ne demande qu’à passer »… ma phrase ne semblait point le troublé,  comme si tout ce que je pouvais dire n’avait pas d’importance pour lui, je n’était qu’une simple mortelle, il me dominait. Son silence m’effrayait, comment pouvait il me narguer au point de faire semblant de ne pas m’entendre. « Vas-tu donc dire où faire quelque chose, oiseau de malheur ?? ». Mais le pigeon resta coi face à ma détresse.

Le disgracieux volatile avait la tête tournée, mais ne croyez pas qu’il ne m’observait pas. Bien au contraire, son œil globuleux et aussi gris que sa robe n’avait d’autre cible que moi-même. Doucement je me baissa, et du bout des doigts tâtonna le sol, dans l’espoir de trouver une quelconque aide du destin. Il semblerait que dieu exauce parfois également les désirs des pécheresses, je senti un petit caillou, pas plus gros qu’un gravillon près de moi.  Tout ce déroula en un quart de seconde, et à dire vrai, je ne pris pas le temps de réfléchir, je ramassa la pierre et la lança aussi fort et aussi précisément que je pus. Elle le frôla, tout au plus de 5 cm, mais le pigeon, perché solitairement sur le balcon placide, ne bougea point. Quel animal, aussi puissant fût il, pouvait garder un tel flegme.

Mais étais ce un simple oiseau ? Était ce possible que cette vision d’horreur ne fut pas sur mon chemin par hasard ? Et je senti sous mes doigts le papier glacé de la photo. Oscar ? Et si cet oiseau, par la gravité de sa stature et la sévérité de son regard,  n’était ni plus ni moins qu’un ange ? Une vision qui m’eu été donné pour communiquer une dernière fois avec son cher et tendre ? « Oscar ? Est ce toi ? Peux tu me m’entendre ? » Et par une incroyable coïncidence le volatile dévia la tête. Mais non, ce n’était pas une coïncidence, il m’apparaissait désormais évident que je m’exprimais à l’amour de ma vie, enlevé trop tôt de mes bras. Oh bien sûr si un passant eu passé par là, il fut certain qu’il m’aurait traité de folle, mais pourtant je n’avais pas à me soucier de ça, trop prise dans la contemplation du majestueux pigeon. Et je lui parla, pendant des minutes, peut être des heures, le temps ne comptait plus. Bien sûr le froid me gelait sur place, et pourtant je ne pouvais me  résoudre à bouger ne serait ce qu’un peu, de peur de l’effrayer et de le voir partir comme mes espérances déjà envolées. Alors je restais lui raconter combien il me manquait et à la petite Olivia aussi.

Puis, sans crier gardes, il se mit en vol, comme lasser par mon récit, il déplia de tout son envergure ses ailes si grandes et s’élança dans les airs. J’ai pendant un instant cru qu’il foncerait sur moi, et mon cœur à bondit tout au fond comme il ne l'avait plus fait depuis bien longtemps, mais il passa juste au dessus de moi… déversant au passage une fiente qui vint s’écrasé sur ma veste. Ce jour là je compris que les pigeons ne peuvent être des créatures envoyées par le tout puissant, mais des démons envoyés par son antithèse.

PS : Toutes références au corbeau d’Edgar Allan Poe ne sont pas fortuites du tout.

Si vous aussi vous en avez marre des pigeons, adhéré à la LASAM

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Publié dans enya

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E
Oh ce n'est pas une adaptation, j'ai juste mis quelques références... alors rien ne vous empêche de la lire, c'est la plus belle histoire de Poe
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P
Magnifique adaptation !<br /> Et hop ! Un de plus dans LASAM<br /> ;o)
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